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La mère Clochette | Guy de Maupassant

C’était une haute femme maigre, barbue, ou plutôt poilue, car elle avait de la barbe sur toute la figure, une barbe surprenante, inattendue, poussée par bouquets invraisemblables, par touffes frisées qui semblaient semées par un fou à travers ce grand visage de gendarme en jupes. Elle en avait sur le nez, sous le nez, autour du nez, sur le menton, sur les joues ; et ses sourcils d’une épaisseur et d’une longueur extravagantes, tout gris, touffus, hérissés, avaient tout à fait l’air d’une paire de moustaches placées là par erreur.

Elle boitait, non pas comme boitent les estropiés ordinaires, mais comme un navire à l’ancre. Quand elle posait sur sa bonne jambe son grand corps osseux et dévié, elle semblait prendre son élan pour monter sur une vague monstrueuse, puis, tout à coup, elle plongeait comme pour disparaître dans un abîme, elle s’enfonçait dans le sol. Sa marche éveillait bien l’idée d’une tempête, tant elle se balançait en même temps ; et sa tête toujours coiffée d’un énorme bonnet blanc, dont les rubans lui flottaient dans le dos, semblait traverser l’horizon, du nord au sud et du sud au nord, à chacun de ses mouvements.

Guy de Maupassant, Le Horla, p.44 | Bibliothèque électronique du Québec

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Patronicci | Alain Pecunia

Il était plus petit que moi. Il ne devait pas atteindre le mètre soixante-cinq. La soixantaine rondouillarde. La mine rebondie. Rien de terrifiant. Avenant. Jovial même. Des yeux mobiles et rieurs. Mais avec quelque chose de très froid – très très froid – tout au fond du regard. Inflexible et dur.

Alain Pecunia, Le sanglot de Satan, p. 51 | Feedbooks

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Régina Dobouziez | Georges Eekhoud

L’apparition de Gina provoque un murmure et des chuchotements approbateurs. C'est pour le coup que Laurent serait ébloui. Dans sa robe de mousseline et de gaze blanches, semée de minuscules pois d'argent, du muguet et du myosotis à l'épaulette et dans les cheveux ; sa beauté régulière aux lignes irréprochables se drape avec des mouvements, des flexions, une harmonie de gestes et de contours qui feraient damner un sculpteur. Ces grands yeux noirs, ces lèvres rouges et humides, ce visage de médaillon antique, ce galbe taillé dans une agate d'un rose mourant, qu'entourent d'une auréole d'insurrection les torsades de son opulente chevelure, couronnent les proportions admirables, le modelé délicieux de son col et de ses épaules.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage, p. 73 | Bibliothèque électronique du Québec

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Lydie Dobouziez | Georges Eekhoud

Mme Dobouziez, la cousine Lydie, trônait en face de son mari. C'était une nabote nouée, jaune, ratatinée comme un pruneau, aux cheveux noirs et luisants, coiffée en bandeaux qui lui cachaient le front et rejoignaient d'épais et sombres sourcils ombrageant de gros yeux, noirs aussi, glauques, et à fleur de tête. Presque pas de visage ; des traits hommasses, les lèvres minces et décolorées, le nez camard et du poil sous la narine. Une voix gutturale et désagréable, rappelant le cri de la pintade. Cœur sec et rassis plutôt qu'absent ; des éclaira de bonté, mais jamais de délicatesse ; esprit terre à terre et borné.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage, p. 8 | Bibliothèque électronique du Québec

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Laurent Paridael | Georges Eekhoud

Laurent était devenu un grand rougeaud aux cheveux plats, d'une santé canaille de manœuvre ; mais sous ces dehors trop matériels, sa physionomie épaisse et maussade, ce pataud cachait une complexion impressionnable à l'excès, un intense besoin de tendresse, une imagination exaltée, un tempérament passionné, un cœur altéré de justice. Son apathie extérieure, compliquée d'une insurmontable timidité et d'une élocution lente et embarrassée, entravait et contrariait des sons, d'une acuité presque morbide, des nerfs vibrants et hypéresthésiques. Sous sa torpeur couvaient de véritables laves, des fermentations de nostalgies et de désirs.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage, p. 91 | Bibliothèque électronique du Québec

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Door Bergmans | Georges Eekhoud

Il est jeune, vingt-cinq ans à peine, encore ne les paraît-il pas. À la fois nerveux et sanguin, la stature d'un mortel fait pour exercer le commandement, dépassant de plus d'une tôle les hommes les plus grands de l'assemblée ; les cheveux d'un blond de lin légèrement ondulés, plantés drus et droits au-dessus d'un large front, les yeux à la fois très doux et très pénétrants, enfoncés sous l'arcade sourcilière, les prunelles de ce bleu presque violet qui s'avive ou pâlit à l'action des pensées comme une nappe d'eau sous le jeu des nuages ; le nez busqué, insensiblement aquilin, la bouche fine, vaguement railleuse, ombragée d'une moustache, de jeune reître, au menton la barbiche des portraits de Frans Hals ; la voix vibrante et chaude, au timbre insinuant, aux flexions magnétiques qui remuent l'âme des masses et établissent dès les premières paroles le courant sympathique dans les foules, une de ces voix fatales qui subjuguent et suggestionnent, tellement musicales que la signification des paroles émises ne rentre qu'en seconde ligne de compte.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage, p. 76 | Bibliothèque électronique du Québec

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