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Château de Belle-Vue | Philippe Aubert de Gaspé

Lorsque je reporte mes souvenirs sur les jours heureux de mon enfance, je me transporte souvent en esprit au château de Belle-Vue, dans la paroisse de Saint-Joachim, appartenant au séminaire de Québec. Ce château, assis sur un promontoire qui domine une immense vallée rafraîchie par les eaux pures et limpides du fleuve Saint-Laurent, et couverte, pendant l’été, des plus riches moissons, des prairies les plus verdoyantes, offre déjà à la vue un des plus beaux sites du Canada, à part les scènes grandioses qui l’environnent de toutes parts. À l’ouest est l’Isle-d’Orléans, qui semble surnager sur le prince des fleuves ; vis-à-vis sont les vertes campagnes de la côte du sud, d’où surgissent des habitations blanchies à la chaux, qui semblent former un village continu aussi loin que la vue peut s’étendre. Au nord-est se déroulent les Laurentides, immense serpent vert, dont la tête gigantesque, le cap Tourmente, couvre, le soir, de ses grandes ombres les belles prairies qui s’étendent depuis sa base jusqu’au promontoire sur lequel est situé le château.

Philippe Aubert de Gaspé, Mémoires, p. 30 | Bibliothèque numérique du Québec

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La ville d'Anvers | Georges Eekhoud

Le vapeur, après avoir tourné une couple de fois sur lui-même, avec la coquetterie d'un oiseau qui essaie ses ailes avant de prendre son essor, a trouvé sa voie et s'éloigne délibérément, sous la pression accélérée de la vapeur. Le panorama de la grande ville se développe d'abord dans toute sa longueur et accuse ensuite les proportions audacieuses et grandioses de ses monuments. C'est comme si elle sortait de terre : les arbres des quais élancent tours cimes feuillues, puis les toits des maisons dépassent la futaie ; les vaisseaux des églises, surgissant à leur tour derrière l'alignement des hautes habitations, regardent même par-dessus les toitures des entrepôts, des marchés, des halles historiques ; puis plus haut, toujours plus haut, tours, donjons, campaniles, pointent, montent, semblent vouloir escalader le ciel, jusqu'au moment où tous s'arrêtent vaincus, essoufflés, sauf la flèche glorieuse de la cathédrale. Celle-là seule continue son ascension, laissant loin en arrière les faîtes les plus altiers. Encore ! Encore ! À son tour elle abandonne la partie. Elle surplombe la ville, elle plane sur la contrée. Il l'emporte suffisamment sur ses rivaux, le beffroi aérien et dentelé, si haut qu'on ne voit plus que lui à présent. Anvers s'est éclipsé derrière un coude du fleuve ; la tour par excellence marque comme un phare superbe l'emplacement de la puissante métropole. Et Laurent contemple la tour de Notre-Dame jusqu'à ce qu'elle se fonde, lentement, dans les lointains si lointains que l'horizon bleu en pâlit.

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage, p. 55 | Bibliothèque électronique du Québec

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